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À l'est de Villeurbanne, la soie artificielle a écrit un chapitre entier de l'histoire ouvrière. L'usine TASE, le Textile Artificiel du Sud-Est, a fait tourner la rayonne de 1924 à 1980, employant jusqu'à 3 000 personnes et faisant naître autour d'elle une véritable ville, avec ses cités-jardins et son église. Cette aventure lie étroitement Villeurbanne, par le quartier de Cusset, et Vaulx-en-Velin. Voici son histoire, sa géographie, et ce qu'il en reste.
La soie artificielle, une révolution industrielle
Au début du 20e siècle, on apprend à fabriquer un fil textile à partir de la cellulose transformée en viscose : la soie artificielle, ou rayonne, moins chère que la vraie soie. La famille industrielle Gillet se lance dans l'aventure et bâtit, à partir de 1924, une usine gigantesque à l'est de l'agglomération. L'implantation n'a rien d'un hasard : cette chimie dangereuse et polluante exigeait de l'espace loin de la ville, beaucoup d'eau, de l'électricité et un accès au chemin de fer. Le secteur offrait tout cela, avec la nappe phréatique, la ligne de l'Est lyonnais et l'énergie de l'usine hydroélectrique de Cusset, en bout du canal de Jonage. D'abord baptisée SASE, Soie Artificielle du Sud-Est, l'entreprise devient TASE en 1935 : les canuts lyonnais, gardiens de la vraie soie, obtiennent en justice l'interdiction du mot soie pour un textile artificiel. On parlera donc de textile.
Cusset, Villeurbanne, Vaulx-en-Velin : qui est où
Un point mérite d'être clair, car on lit souvent des raccourcis. L'usine elle-même est sur la commune de Vaulx-en-Velin, dans le secteur aujourd'hui appelé le Carré de Soie, tout près de la limite de Villeurbanne. Mais l'histoire déborde les frontières communales : l'ensemble est souvent désigné comme Cusset-TASE, tant le quartier villeurbannais de Cusset lui est lié. C'est à Cusset, sur le canal de Jonage, que se trouve l'usine hydroélectrique qui alimentait en partie la production. Bref, on ne peut pas raconter la TASE sans Villeurbanne, ni Villeurbanne sans la TASE : c'est un patrimoine partagé, à cheval sur deux villes, que nous présentons sans le tirer indûment d'un seul côté.
Une véritable ville ouvrière
Autour de l'usine ne s'est pas seulement construite une fabrique, mais une ville. Pour loger et retenir sa main-d'œuvre, l'entreprise édifie des cités-jardins ouvrières inspirées du modèle britannique, avec des maisons individuelles, des jardins, une église, un dispensaire et même un foyer de jeunes filles. On y croisait des ouvriers venus de nombreux pays : jusqu'à 33 nationalités, image en miniature de ce que fut Villeurbanne, terre d'immigration ouvrière. Cette ville dans la ville avait ses codes, sa solidarité et sa dureté aussi, car le travail de la viscose était pénible et nocif. Après la fermeture de 1980, l'ensemble aurait pu disparaître ; il a en grande partie survécu, ce qui en fait aujourd'hui l'un des plus beaux témoignages de patrimoine industriel de la métropole.
Les grandes dates
| Date | Étape |
|---|---|
| 1924 | Début de la construction de l'usine par les Gillet (SASE) |
| 1925 | Montée en puissance de la production de rayonne |
| 1935 | La SASE devient TASE après le procès des canuts |
| Années 1960 | Encore ~1 500 ouvriers, puis déclin |
| 1980 | Fermeture définitive de l'usine |
| 2003 | Label Patrimoine du 20e siècle pour l'ensemble |
Depuis, le secteur s'est transformé avec le projet urbain du Carré de Soie : la Grande Cité TASE a été réhabilitée, et l'ensemble, reconnu comme patrimoine du 20e siècle, est valorisé et raconté, notamment par Le Rize, le centre de mémoire de Villeurbanne.
Sur la carte
La carte situe les deux pôles de l'histoire : le quartier de Cusset, à Villeurbanne, et le secteur de l'usine TASE, sur Vaulx-en-Velin, à la limite des deux communes. Le tram T3 et le métro A y mènent, via La Soie.
Cette histoire ouvrière explique une bonne part de la ville d'aujourd'hui : les 33 nationalités des cités TASE annoncent celle que raconte notre page Villeurbanne et l'immigration, et la même époque a vu naître les Gratte-Ciel, à l'autre bout de la commune. Le bâtiment du foyer des ouvriers abrite aujourd'hui la Rayonne et le CCO. Pour le reste du passé villeurbannais, voyez l'histoire de Villeurbanne et les monuments protégés de la ville.
Repères indicatifs (API BAN + OpenStreetMap). L'usine et ses cités sont sur Vaulx-en-Velin, au Carré de Soie ; Cusset est le quartier villeurbannais voisin.
Questions fréquentes
Qu'est-ce que l'usine TASE ?
La TASE, pour Textile Artificiel du Sud-Est, était une grande usine de soie artificielle, la rayonne, fondée par la famille Gillet et bâtie à partir de 1924 à l'est de l'agglomération, sur la commune de Vaulx-en-Velin, à la limite de Villeurbanne. Elle transformait la cellulose en viscose. D'abord nommée SASE, Soie Artificielle du Sud-Est, elle devient TASE en 1935 après un procès des canuts lyonnais, qui obtiennent l'interdiction du mot soie pour un textile artificiel. L'usine a fermé en 1980.
L'usine TASE est-elle à Villeurbanne ou à Vaulx-en-Velin ?
L'usine elle-même est sur la commune de Vaulx-en-Velin, dans le secteur du Carré de Soie, tout près de la limite de Villeurbanne. Mais l'aventure industrielle forme un ensemble à cheval sur les deux communes, souvent appelé Cusset-TASE : le quartier de Cusset, à Villeurbanne, en est indissociable, notamment par l'usine hydroélectrique de Cusset, sur le canal de Jonage, qui fournissait une partie de l'énergie. C'est une histoire partagée, pas strictement villeurbannaise.
Combien de personnes travaillaient à la TASE ?
Jusqu'à environ 3 000 personnes à son apogée, puis autour de 1 500 jusqu'à la fin des années 1960, avant le déclin et la fermeture en 1980. C'était l'un des plus gros employeurs industriels de l'est lyonnais. Autour de l'usine s'est développée une véritable ville ouvrière, avec des cités-jardins, une église, un dispensaire et un foyer de jeunes filles, où se côtoyaient des ouvriers de nombreuses nationalités.
Peut-on voir ce qu'il reste de la TASE aujourd'hui ?
Oui. L'ensemble industriel et ses cités ouvrières, en grande partie conservés, sont reconnus comme un patrimoine du 20e siècle remarquable et ont fait l'objet d'un label en 2003. La Grande Cité TASE a été réhabilitée dans le cadre du projet urbain du Carré de Soie. On peut se promener dans les cités-jardins et repérer les vestiges de l'usine. Le Rize, à Villeurbanne, conserve et transmet la mémoire de cette histoire ouvrière.
Sources et méthode 3 références
- Usine Tase : histoire, production, fermeturefr.wikipedia.org, Usine Tase
- Ensemble industriel et cités ouvrièresInventaire général du patrimoine, patrimoine.auvergnerhonealpes.fr
- Mémoire ouvrière et citésLe Rize, Ville de Villeurbanne
Fondation (Gillet, 1924), passage SASE puis TASE (1935), effectifs (jusqu'à 3 000 puis ~1 500), fermeture (1980), cités ouvrières et label 2003 vérifiés le 16 août 2026. Localisation de l'usine sur Vaulx-en-Velin assumée explicitement. Guide indépendant. Une précision à apporter ? Signalez-le.