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Les Gratte-Ciel ne sont pas nés du hasard : ils sont la réponse d'une ville ouvrière à une question de survie. Entre 1927 et 1934, sous l'impulsion du maire Lazare Goujon et le crayon de l'architecte Môrice Leroux, Villeurbanne s'est offert d'un seul geste un centre-ville moderne, 1 500 logements sociaux et deux tours de 60 mètres, avec en son cœur l'hôtel de ville et son beffroi, et le théâtre devenu le TNP. Voici pourquoi, comment, et ce que cela raconte de l'histoire de la ville : celle d'une commune qui a toujours refusé d'être absorbée par Lyon.
Pourquoi les Gratte-Ciel
Au début du 20e siècle, Villeurbanne étouffe. La commune a vu sa population bondir d'environ 30 000 habitants en 1901 à plus de 82 000 en 1931, portée par l'industrie, mais sans centre digne de ce nom, coincée dans l'ombre de Lyon. Les logements ouvriers sont souvent insalubres. Élu maire en 1924, le docteur Lazare Goujon, médecin et hygiéniste, fait de cette double question, identité et logement, le cœur de son mandat. Son idée est radicale pour l'époque : plutôt que d'étaler la ville, on va bâtir en hauteur un vrai centre, avec des logements sociaux sains, de l'air, de la lumière, des équipements collectifs et des commerces. Les Gratte-Ciel sont, avant d'être une prouesse, un projet politique et social : donner aux ouvriers un centre-ville qui soit le leur.
Goujon, Leroux et le concours de 1928
Pour concevoir ce centre, Goujon lance un concours autour du Palais du Travail, l'équipement collectif qui doit être le cœur du projet. La surprise vient du lauréat, désigné le 30 mars 1928 : Môrice Leroux, un architecte autodidacte et quasi inconnu dans la région lyonnaise, aux idées résolument d'avant-garde. C'est lui qui dessine l'ensemble des immeubles et les deux tours. L'hôtel de ville, monumental, est confié à un autre architecte, Robert Giroud. Ce duo, un maire visionnaire et un architecte audacieux, va donner à Villeurbanne un visage que personne n'attendait d'une ville de banlieue ouvrière. Le nom même de « gratte-ciel », emprunté à l'Amérique, dit l'ambition : rivaliser d'audace avec les grandes métropoles.
Une architecture d'avant-garde
Ce qui frappe encore aujourd'hui, c'est la modernité du parti pris. Leroux dessine des immeubles à redents, c'est-à-dire en gradins successifs, orientés nord-sud : ce décrochement n'est pas décoratif, il sert à faire entrer le soleil et l'air dans chaque logement et à ménager des terrasses, en pleine cohérence avec les idéaux hygiénistes de Goujon. Le tout est bâti en béton armé, matériau alors neuf, qui permet ces hauteurs. Les deux tours de dix-neuf étages culminent à environ 60 mètres, les autres immeubles montant déjà à 32 à 38 mètres, des hauteurs banales aujourd'hui mais spectaculaires en 1934. Le Palais du Travail réunissait sous un même toit une salle de spectacle, des bains-douches et un dispensaire, une véritable maison du peuple : sa salle est devenue le TNP. Cette cohérence entre logement, hygiène et culture fait des Gratte-Ciel une œuvre saluée dès sa naissance comme révolutionnaire.
Les grandes dates
| Date | Étape |
|---|---|
| 1924 | Lazare Goujon devient maire de Villeurbanne |
| 1931 | La ville dépasse 82 000 habitants (30 000 en 1901) |
| 30 mars 1928 | Môrice Leroux remporte le concours du Palais du Travail |
| 1927-1934 | Construction de l'ensemble en béton armé |
| 10 juin 1934 | Inauguration des Gratte-Ciel |
| 1991 | L'hôtel de ville inscrit aux monuments historiques |
Après-guerre, la salle du Palais du Travail devient le Théâtre National Populaire, ancrant durablement la vocation culturelle du quartier. Aujourd'hui, l'ensemble porte le label Patrimoine du 20e siècle, et un projet d'extension au nord prolonge l'avenue historique, près d'un siècle après le geste initial.
L'ensemble sur la carte
Le cœur historique se lit d'un coup d'œil : l'avenue Henri-Barbusse, la place Lazare-Goujon et l'hôtel de ville, encadrés par les immeubles à redents et les deux tours. Le mieux est encore de suivre notre parcours à pied, étape par étape. L'hôtel de ville est inscrit aux monuments historiques depuis 1991 : c'est l'un des trois seuls monuments protégés de la commune. Pour ce que c'est devenu comme lieu de vie, voyez vivre aux Gratte-Ciel, et pour l'autre grand chapitre de l'histoire ouvrière locale, l'usine TASE et l'immigration, documentées au Rize.
Positions géocodées (API BAN) et repères de l'ensemble, fond de carte OpenStreetMap. Station de métro A Gratte-Ciel au cœur du quartier.
Questions fréquentes
Pourquoi les Gratte-Ciel de Villeurbanne ont-ils été construits ?
Villeurbanne avait explosé démographiquement, passant d'environ 30 000 habitants en 1901 à plus de 82 000 en 1931, sans vrai centre-ville face à Lyon voisine. Le maire Lazare Goujon, médecin hygiéniste, a voulu doter la ville d'un cœur moderne et de logements sociaux sains, avec de l'air, de la lumière et des équipements collectifs. Les Gratte-Ciel sont la réponse à ce double besoin : affirmer l'identité de Villeurbanne et loger dignement ses habitants.
Qui a conçu les Gratte-Ciel de Villeurbanne ?
L'architecte est Môrice Leroux, un autodidacte alors inconnu, qui remporte le concours du Palais du Travail le 30 mars 1928 avec un projet d'avant-garde. Il dessine l'ensemble des immeubles à redents et les deux tours. L'hôtel de ville, lui, est l'œuvre de l'architecte Robert Giroud. Le tout a été commandé par le maire Lazare Goujon, véritable maître d'ouvrage politique du projet.
Combien de logements comptent les Gratte-Ciel ?
L'ensemble d'origine compte près de 1 500 logements sociaux, une ambition considérable pour l'époque. L'idée était de proposer un habitat non pas relégué mais central et digne, avec des appartements ensoleillés grâce aux immeubles en gradins, des équipements et des commerces. Les deux tours qui ferment la perspective culminent à dix-neuf étages et environ 60 mètres de hauteur.
Qu'est-ce que le Palais du Travail des Gratte-Ciel ?
Le Palais du Travail est le grand équipement collectif de l'ensemble, conçu comme une maison du peuple réunissant sous un même toit une salle de spectacle, des bains-douches, un dispensaire et des espaces associatifs, au service des habitants. Sa salle de théâtre est devenue, après-guerre, le Théâtre National Populaire, le TNP. C'est le pendant social et culturel des logements, dans l'esprit hygiéniste et populaire du projet.
Sources et méthode 3 références
- Gratte-ciel de Villeurbanne : histoire, architectes, datesfr.wikipedia.org
- Le patrimoine des Gratte-CielLe Rize, Ville de Villeurbanne
- Repères architecturaux et historiquesTribune de Lyon, INA
Contexte démographique, rôle de Lazare Goujon et de Môrice Leroux, dates (concours 1928, construction 1927-1934, inauguration 10 juin 1934), 1 500 logements et tours de 60 m vérifiés le 16 août 2026. Photo prise en 2021, montrant l'ensemble historique. Guide indépendant. Une donnée à préciser ? Signalez-le.