Mis à jour le
Pour comprendre pourquoi Villeurbanne n'est pas un arrondissement de Lyon, il faut remonter son histoire. C'est celle d'une commune qui a bien failli être avalée par sa voisine, qui s'est enrichie de la soie artificielle, et qui a répondu à la pression lyonnaise en se construisant un centre-ville à elle : les Gratte-Ciel, dont nous racontons la genèse en détail.
Trois fils courent dans ce récit et se prolongent aujourd'hui. Celui du travail, de la rayonne de Cusset aux grands employeurs actuels. Celui des gens, avec les vagues successives que retrace Villeurbanne et l'immigration, et dont témoigne la diversité des lieux de culte. Celui de l'indépendance enfin, de la perte du parc de la Tête d'Or en 1894 à la place de la ville dans la Métropole de Lyon d'aujourd'hui. Tout cela se visite : à pied dans les Gratte-Ciel, à l'hôtel de ville, ou au Rize, qui conserve les archives municipales.
Une commune du Dauphiné, longtemps rurale
Avant d'être une ville, Villeurbanne est un territoire de la rive gauche du Rhône. Point qui surprend souvent : elle n'a jamais appartenu au Lyonnais, mais au Dauphiné, la province voisine. Cette frontière historique entre les deux rives est l'une des racines de son identité : Lyon d'un côté du fleuve, Villeurbanne de l'autre, deux mondes administratifs distincts bien avant l'époque contemporaine.
Longtemps agricole, parsemée de hameaux comme Cusset, Croix-Luizet ou Les Charpennes, la commune reste modeste jusqu'au 19e siècle. Sa transformation vient de l'industrie, qui va la faire changer d'échelle en quelques décennies.
La ville de la soie artificielle
Au tournant du 20e siècle, l'est lyonnais devient un grand foyer industriel, et Villeurbanne en est un cœur. En 1924, la famille Gillet y implante une usine de soie artificielle, la rayonne, qui deviendra la TASE, Textile artificiel du Sud-Est. L'usine transforme la cellulose en fil et emploie une main-d'œuvre nombreuse, souvent venue de loin.
Cette industrialisation dessine encore la ville aujourd'hui. Le quartier Cusset et le secteur du Carré de Soie gardent la mémoire de cette époque, avec les cités ouvrières, les bâtiments d'usine reconvertis et la centrale hydroélectrique de Cusset, mise en service en 1899, l'une des plus anciennes encore en activité sur le Rhône. La soie a fait de Villeurbanne une ville populaire et ouvrière, ce qu'elle revendique toujours.
Le refus de devenir un quartier de Lyon
Pendant que Villeurbanne grandit, Lyon s'agrandit en absorbant ses voisines. La Croix-Rousse, La Guillotière et Vaise deviennent des arrondissements lyonnais au 19e siècle. Villeurbanne, elle, est convoitée à plusieurs reprises, dans les années 1850 comme dans les années 1870, sans jamais céder, hormis le parc de la Tête d'Or, rattaché à Lyon en 1894.
La dernière grande offensive a lieu entre 1901 et 1906. En 1903, le maire de Lyon fait voter par son conseil un projet d'annexion de plus de mille hectares du territoire villeurbannais. La commune résiste, s'organise, et conserve son autonomie. Ce bras de fer explique en grande partie ce qui suivra : une ville qui vient d'échapper à l'absorption ressent le besoin d'affirmer, dans la pierre, qu'elle existe par elle-même.
Les Gratte-Ciel, une réponse en béton
Ce besoin d'affirmation prend le visage du docteur Lazare Goujon, élu maire en 1924. Médecin et hygiéniste, il veut doter Villeurbanne d'un vrai centre, moderne et sain, capable de rivaliser avec n'importe quelle grande ville. Il confie le projet à l'architecte Môrice Leroux, lauréat du concours de 1928.
Le résultat, bâti de 1927 à 1934, est spectaculaire : deux tours de dix-neuf étages encadrant une avenue, prolongées par des immeubles en gradins de neuf à onze étages, l'hôtel de ville monumental de Robert Giroud, et le Palais du Travail, qui abritait dispensaire, douches, piscine et théâtre. C'est aujourd'hui le Théâtre National Populaire. L'inauguration a lieu le 10 juin 1934, en présence d'Édouard Herriot, maire de Lyon : la voisine assiste, en personne, à l'affirmation de l'indépendance villeurbannaise.
L'ensemble n'est pas qu'un décor. L'hôtel de ville est inscrit à l'inventaire supplémentaire des monuments historiques en 1991, une zone de protection du patrimoine est instaurée en 1993, et le quartier porte le label Patrimoine du 20e siècle. Rien d'équivalent n'existe ailleurs en France à cette échelle.
Parcourir les époques
Choisissez une période pour voir ce qui s'est joué à Villeurbanne, du village dauphinois à la ville d'aujourd'hui.
Les grandes étapes de Villeurbanne
Cinq moments qui ont fait la ville.
Repères historiques, sans prétention d'exhaustivité.
Le patrimoine hérité de cette histoire
Neuf pages, du chantier des Gratte-Ciel à la nécropole du campus.
Les repères de la commune
Quelques données que l'on cherche souvent en même temps que l'histoire. Villeurbanne compte 163 684 habitants sur 1 490 hectares, porte le code postal 69100 et se trouve dans le Rhône, même si la commune relève de la Métropole de Lyon et non du conseil départemental. Sa situation exacte est détaillée sur Villeurbanne sur la carte, et le patrimoine hérité de cette histoire est recensé sur les monuments protégés.
Questions fréquentes
Qui a construit les Gratte-Ciel de Villeurbanne ?
Le projet a été lancé par le maire Lazare Goujon, élu en 1924. L'architecte Môrice Leroux, lauréat du concours de 1928, a dessiné les immeubles à redents, tandis que Robert Giroud a conçu l'hôtel de ville. L'ensemble a été bâti de 1927 à 1934 et inauguré le 10 juin 1934, en présence du maire de Lyon Édouard Herriot.
Pourquoi Villeurbanne n'a-t-elle pas été annexée par Lyon ?
Lyon a absorbé La Croix-Rousse, La Guillotière et Vaise au 19e siècle, et a tenté à plusieurs reprises d'annexer Villeurbanne, notamment lors de l'offensive de 1901 à 1906. La commune a résisté et conserve son autonomie. Elle n'a cédé que le parc de la Tête d'Or, rattaché à Lyon en 1894.
Villeurbanne a-t-elle toujours fait partie du Rhône ?
Historiquement, Villeurbanne appartenait au Dauphiné, sur la rive gauche du Rhône, alors que Lyon relevait du Lyonnais. C'est l'une des racines de son identité distincte. Aujourd'hui, elle fait partie du département du Rhône et de la Métropole de Lyon.
Qu'est-ce que la soie artificielle a apporté à Villeurbanne ?
À partir de 1924, la famille Gillet installe à l'est de la ville une grande usine de soie artificielle, la TASE (Textile artificiel du Sud-Est). Elle attire une main-d'œuvre nombreuse, fait grimper la population et laisse un patrimoine industriel encore visible autour du Carré de Soie et du quartier Cusset.
Les Gratte-Ciel sont-ils protégés au titre du patrimoine ?
L'hôtel de ville est inscrit à l'inventaire supplémentaire des monuments historiques depuis 1991, et une zone de protection du patrimoine a été instaurée en 1993. L'ensemble des Gratte-Ciel porte le label Patrimoine du 20e siècle. Ce n'est donc pas un décor : c'est un quartier protégé.
Sources et méthode 3 références
- Gratte-Ciel de Villeurbanne : architectes, dates, protectionfr.wikipedia.org, article Gratte-ciel (Villeurbanne)
- Tentatives d'annexion par Lyon, 19e et 20e sièclesLe Rize, service du patrimoine de la Ville de Villeurbanne
- Usine TASE et industrialisation de l'est lyonnaiscarredesoie.grandlyon.com, Usine Tase
Dates de construction et statut patrimonial des Gratte-Ciel vérifiés le 16 août 2026. Les faits d'histoire longue sont croisés entre plusieurs sources ; Villeurbanne Info reste un guide indépendant, sans lien avec la Ville de Villeurbanne.