Mis à jour le
Villeurbanne n'a pas accueilli l'immigration : elle s'est construite avec elle. Ville d'usines, elle a eu, tout au long du 20e siècle, un besoin constant de main-d'œuvre que ses vagues de migrants sont venues combler, d'abord italiens, puis polonais, arméniens, espagnols, portugais et maghrébins. En 1931, les étrangers y représentaient déjà 16,6 % de la population. Voici cette histoire, telle que la conserve le centre Le Rize, sans l'embellir ni la gommer.
Une ville faite pour et par le travail
Pour comprendre l'immigration à Villeurbanne, il faut partir de ses usines. Verreries, chimie, textile artificiel, mécanique : la ville s'est couverte de fabriques qui réclamaient une main-d'œuvre abondante, souvent peu qualifiée et mal payée, que la population locale ne suffisait pas à fournir. Le travail y était dur, dans l'industrie comme dans le bâtiment qui construisait la ville nouvelle. Ce sont les migrants qui ont largement occupé ces emplois, et donc, très concrètement, bâti la ville, ses immeubles, ses réseaux, ses usines. L'immigration n'est pas ici une question annexe ou récente : c'est le moteur démographique et social d'une commune passée d'un gros bourg à une ville de plus de 80 000 habitants en quelques décennies.
Les vagues successives
L'histoire migratoire de Villeurbanne se lit par vagues, chacune liée à un besoin économique et à un contexte international.
| Période | Origines principales | Contexte |
|---|---|---|
| Fin 19e - 1914 | Italiens | Verreries et usines, comme La Perle française qui fit venir des ouvriers de Venise |
| Entre-deux-guerres | Polonais, Arméniens, Espagnols | Besoin de main-d'œuvre et réfugiés fuyant guerres et persécutions |
| Après 1945 | Portugais | Reconstruction, industrie et bâtiment des Trente Glorieuses |
| Dès le milieu des années 1950 | Maghreb | Travail peu qualifié en usine et sur les chantiers |
Chaque vague a laissé son empreinte : dans les quartiers, les commerces, les lieux de culte, la cuisine, les noms de famille. La cité ouvrière de la TASE comptait à elle seule jusqu'à 33 nationalités, image concentrée de ce que fut la ville entière. Ce brassage n'a pas toujours été facile ni idyllique, il faut le dire : les conditions de logement et de travail étaient rudes, et les tensions ont existé. Mais il a produit une ville dont la diversité est aujourd'hui une part revendiquée de l'identité.
La part d'étrangers, en chiffres
Les recensements donnent la mesure du phénomène. La proportion d'étrangers dans la population villeurbannaise a été multipliée par plus de cinq entre 1872 et 1931, au rythme de l'industrialisation.
Part des étrangers dans la population de Villeurbanne aux recensements de 1872, 1911 et 1931. Échelle proportionnelle. Source : histoire de Villeurbanne, Le Rize.
La mémoire, aujourd'hui
Cette histoire aurait pu se dissoudre avec la désindustrialisation des années 1970, quand les usines qui avaient fait venir tant de familles ont fermé les unes après les autres. Elle a au contraire été patrimonialisée, et c'est une singularité villeurbannaise. Le Rize, le centre mémoires et société de la ville, s'est donné pour mission de conserver la mémoire ouvrière, multiethnique et fraternelle des villes du 20e siècle, en recueillant les témoignages des habitants et en croisant les archives. Expositions, rencontres, publications et travaux de chercheurs y donnent la parole à ceux que la grande histoire oublie souvent. Résultat : à Villeurbanne, l'immigration n'est pas un sujet de débat abstrait, c'est une histoire de famille, documentée et transmise. Pour la prolonger, voyez notre page histoire de Villeurbanne.
Questions fréquentes
Villeurbanne est-elle une ville d'immigration ?
Oui, profondément. Villeurbanne s'est construite comme une ville ouvrière et industrielle, et son développement au 20e siècle est indissociable de l'immigration. La part d'étrangers y est passée d'environ 3 % en 1872 à 16,6 % en 1931, portée par le besoin de main-d'œuvre des usines. Cette histoire multiple, faite de vagues successives venues d'Italie, de Pologne, d'Espagne, du Portugal et du Maghreb, fait partie de l'identité même de la ville, que le centre Le Rize s'attache à conserver et transmettre.
Quelles ont été les grandes vagues d'immigration à Villeurbanne ?
D'abord les Italiens, dès la fin du 19e siècle, embauchés dans les verreries et les usines, comme à La Perle française qui fit venir des ouvriers de Venise. Puis, dans l'entre-deux-guerres, des Polonais, des Arméniens et des Espagnols. Après la Seconde Guerre mondiale, l'industrie et le bâtiment attirent surtout des travailleurs portugais et, à partir du milieu des années 1950, du Maghreb. Chaque vague a laissé son empreinte sur les quartiers, avant les fermetures d'usines des années 1970.
Où voir la mémoire de l'immigration à Villeurbanne ?
Le lieu de référence est Le Rize, le centre mémoires et société de la ville, qui conserve les archives et recueille les témoignages des habitants. Il consacre régulièrement expositions et rencontres à l'histoire ouvrière et à l'immigration, et se définit lui-même autour de la mémoire ouvrière, multiethnique et fraternelle des villes du 20e siècle. Les cités ouvrières de la TASE, à la limite de Vaulx-en-Velin, témoignent aussi de cette histoire, avec leurs dizaines de nationalités.
Pourquoi tant d'immigrés sont-ils venus travailler à Villeurbanne ?
Pour le travail. Villeurbanne était une ville d'usines, verreries, chimie, textile artificiel, mécanique, qui avaient un besoin constant de main-d'œuvre, souvent peu qualifiée et mal payée, que la population locale ne suffisait pas à fournir. Les migrants, italiens puis d'autres origines, ont occupé ces emplois durs, dans l'industrie et le bâtiment. Ils ont ainsi contribué à bâtir la ville, au sens propre comme au figuré, jusqu'à la désindustrialisation des années 1970.
Sources et méthode 3 références
- Histoire de Villeurbanne et de l'immigrationLe Rize, lerizeplus.villeurbanne.fr
- Premiers migrants italiens (La Perle française)viva.villeurbanne.fr
- Travaux universitaires sur l'immigration à Villeurbanneshs.hal.science, Persée
Vagues migratoires, rôle des usines, part d'étrangers (3 % en 1872, ~4 % en 1911, 16,6 % en 1931) et mission du Rize vérifiés le 16 août 2026. Nous nous en tenons aux faits documentés et n'avançons aucun effectif non sourcé. Guide indépendant. Une précision à apporter ? Signalez-le.